Le bateau-usine

Posted in Histoire sociale on 26 septembre 2016 by Ascona

bateau-usineLe bateau-usine est une nouvelle de littérature prolétarienne écrite par Kobayashi Takiji en 1929.

Kobayashi Takiji était un écrivain et militant communiste japonais. Né en 1903 à Odate, au nord du Japon, sa famille s’installe sur l’île d’Hokkaido quand il a quatre ans. Plus tard il étudiera dans une école de commerce et travaillera dans une banque sur l’île d’Hokkaido. C’est pendant ses études qu’il commencera à écrire. C’est également à cette période qu’il rejoint le mouvement ouvrier japonais.

En 1929, il sera licencié de son travail à la banque pour avoir publié « Le Propriétaire absent », un essai sur la politique économique désastreuse pour les paysans d’Hokkaido.

Publié également en 1929, le bateau-usine décrit avec réalisme les conditions de travail dans un bateau-usine qui produit des conserves de crabe, dans le pacifique nord, au milieu de tensions entre l’URSS et le Japon. Ce bateau-usine symbolise la société japonaise capitaliste de cette époque. Face aux mauvais traitements et humiliations de la hiérarchie, les ouvriers et marins vont prendre conscience de l’injustice de leur sort et mener une révolte sur le bateau-usine. Ce texte sera censuré à sa sortie, après s’être vendu à15.000 exemplaires, et ne sera disponible au Japon qu’en 1948. Il connaîtra un regain d’intérêt en 2008 : il sera alors publié à près d’un million d’exemplaires, se faisant le miroir dans lequel se reconnaît le prolétariat précarisé du Japon. Il sera traduit dans de nombreux pays.

Le succès son œuvre, tant auprès des intellectuels que des ouvriers et paysans japonais en fera le symbole de la littérature prolétarienne japonaise mais attirera l’attention de la police sur lui. Il est désormais sous surveillance de l’appareil de sûreté de l’État : la Tokkō.

Au printemps de 1930, Kobayashi s’installe à Tokyo et devient le secrétaire général de l’association des écrivains prolétariens du Japon. En mai, soupçonné de soutenir financièrement le Parti communiste japonnais, il sera emprisonné une quinzaine de jours. Après son retour à Tokyo le 24 juin, il est de nouveau arrêté est accusé de lèse-majesté pour le bateau-usine et sera à nouveau incarcéré. Le 22 janvier 1931, il a été libéré sous caution. En octobre 1931, Kobayashi adhère officiellement au Parti communiste japonais hors la loi.

En février 1933, il tombera dans un piège de la Tokkō : arrêté et conduit dans un poste de police il sera torturé et y laissera la vie…

Pour en savoir plus sur l’œuvre et l’auteur, un article sur le site de contretemps.

Le bateau-usine, Kobayashi Takiji, Allia 2015, 174p.

 

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Marie Laffranque

Posted in Anarchisme, Histoire sociale, Objection de conscience, Pacifisme on 19 septembre 2016 by Ascona

Jolie trouvaille dans un livre sur les frères Reclus que m’a donné l’ami Ataraxique : une carte postale envoyée par Marie Laffranque, certainement à l’ancien propriétaire de ce livre.

Carte postale écrite par Marie Laffranque en 1980.

Carte postale écrite par Marie Laffranque en 1980.

Marie Laffranque est née en 1921 en Haute-Garonne et est décédée le 12 juillet 2006 à Toulouse. Dans les années 60, elle fut une militante de l’ACNV, l’Action Civique Non-Violente, une organisation regroupant des personnes opposées à la guerre d’Algérie et aux camps d’assignation en France, pour des motifs moraux et humanistes. Elle a poursuivi son engagement toute sa vie en luttant pour soutenir les réfractaires et les objecteurs de conscience français et espagnols.

Chercheuse au CNRS, elle a mené une carrière universitaire consacrée au poète espagnol Federico García Lorca. Elle également écrit un article sur l’exil des libertaires Espagnols : Ruptures et fidélité [Cahiers du C.R.I.A.R., n.4, , 1984.]

La carte postale mentionne un certaine Lucienne, s’agit-il de Lucienne Domergue, autre universitaire toulousaine spécialiste de l’Espagne ?

Autre interrogation : que contenaient les « caissettes qui attendent toujours à Barcelone » dont le chèque envoyé par le destinataire de la carte postale pourra « couvrir les frais de retour » ?

Enfin, Marie Laffranque a souligné dans la légende de la carte les mots « Toulouse – Capitole – Salle Henri Martin » : il s’agit peut-être d’un clin d’œil au destinataire en référence au militant communiste Henri Martin qui, bien qu’engagé volontaire dans l’armée, a refusé de combattre les vietnamiens en Indochine ?

Propagande par la brochure

Posted in Histoire sociale on 2 novembre 2015 by Ascona

Un nouveau site où je vais mettre des numérisations intégrales de brochures et autres documents de ma bibliothèque ou que mes amis voudront bien me prêter. Pas mal de brochures mensuelles, publiées entre 1923 et 1939, pour le moment. C’est là : https://numanar.wordpress.com/

Conférence sur Edouard Vaillant mercredi 7 octobre

Posted in AIT, Commune de Paris, Education, Histoire sociale, XIXe on 1 octobre 2015 by Ascona

220px-Édouard_Vaillant_at_Père_LachaiseL’Association Régionale des Pays de la Loire des Amis de la Commune de Paris et la F.S.U. 49 organise une conférence avec Michel Pinglaut sur Edouard Vaillant, membre de l’AIT, délégué à l’instruction publique pendant la Commune de Paris.
Ça se passera mercredi 7 octobre 2015 à 18h à la Bourse du travail à Angers (Place Imbach)

Vive la Commune !

Septembre rouge et noir à l’Etincelle

Posted in Anarchisme, Anarcho-syndicalisme, CGT, Histoire sociale, Syndicalisme, Syndicalisme révolutionnaire, travail, Trélazé, XIXe on 30 août 2015 by Ascona

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Durant le mois de septembre auront lieu des activités autour du mouvement révolutionnaire angevin organisées par les animateurs du site : https://revolutionnairesangevins.wordpress.com/.

Au programme :

/// Exposition de reproductions d’affiches, tracts et photos autour du mouvement ouvrier révolutionnaire angevin, en particulier anarchiste, des années 1890 à la fin des années 1930.

/// Concert le samedi 26 à 20h30 : le collectif « Les Ardoisières en Anjou » propose des chants militants, des complaintes de fendeurs, rouliers, mineurs et autres airs de migrants. Le tout interprété par une douzaine de musiciens et de chanteurs.

/// Dimanche 27 septembre, 15h à L’Étincelle : rencontre / discussion autour de l’histoire du mouvement libertaire.

/// Et pendant tout le mois : exposition d’affiches, tracts et photos autour du mouvement ouvrier révolutionnaire angevin, en particulier anarchiste, des années 1890 à la fin des années 1930.

L’Essai

Posted in Anarchisme, Commune de Paris, Histoire sociale, Milieux libres with tags , , , on 3 août 2015 by Ascona

L_essaiL’Essai est une bande-dessinée de Nicolas Debon, publiée par Dargaud dans la collection Long Courrier en mai 2015.

L’Essai est le nom de la colonie communiste (synonyme de libertaire à l’époque) fondée en 1903 par Fortuné Henry près du village d’Aiglemont dans les Ardennes. Fortuné henry est le fils de Henry Sixte-Casse, dit Fortuné. Son père était délégué au Comité Central des Vingt arrondissements, il signera à ce titre l’affiche rouge du 6 janvier, membre du Comité Central de la Garde nationale, puis élu à la Commune le 26 mars 1871. Condamné à mort par contumace, il s’exilera en Espagne où naîtra Émile, petit frère de Fortuné, autre militant anarchiste très connu de l’époque de la propagande par le fait qui sera guillotiné en 1894 pour l’attentat du Café Terminus.

Fortuné Henry, avant de fonder la colonie d’Aiglemont, commença à militer pour l’anarchisme en 1891, parcourant la France pour intervenir comme orateur dans des réunions anarchistes. C’est sans doute sous son influence que son frère Émile deviendra anarchiste.

En 1903, lors d’un voyage professionnel en tant que représentant de commerce en produits pharmaceutiques, Fortuné découvre le vallon de la forêt des Ardennes où il reviendra en juin pour fonder une colonie libertaire. Ce projet sera soutenu par le journal Le Libertaire, dont Fortuné est un des collaborateurs. La particularité de cette colonie par rapport aux autres* ayant existé à la même époque est que son fondateur est plus proche du milieu anarchiste-communiste que des individualistes.

À ses début, L’Essai a bénéficié d’un certain soutien de la population locale : des ouvriers des environs aideront à construire la première habitation de la colonie, et des souscripteurs participent au financement du projet. En 1905 jusqu’à 14 personnes vivront dans la colonie, sans compter les nombreux visiteurs de passage : militants anarchistes bien sûr, mais aussi curieux et même une section de réservistes et son caporal ! Plusieurs bâtiments agricoles furent construits. Les décisions se prenaient en commun lors d’un « conseil de famille » quotidien. Pourtant assez rapidement des tensions se font sentir parmi les membres de la colonie, sans doute des questions de personnes, exacerbées par la promiscuité et les difficultés du quotidien. Fortuné Henry est présenté comme une personne assez autoritaire, en contradiction avec le projet d’une société libre. Par ailleurs il fait le constat de leur isolement par rapport au mouvement ouvrier très actif de l’époque.

Quelques membres de la colonie la quittent pendant l’hiver 1905-1906. Au printemps suivant, une imprimerie est mise en place. Une dizaine de brochures et quelques numéros d’un journal, le Cubilot, seront publiés et connurent un certain succès dans la période d’agitation ouvrière qui secouait le département des Ardennes cet été-là. L’Essai deviendra la base arrière du mouvement ouvrier ardennais, offrant asile aux militants et imprimant la propagande. Mais en sortant de son isolement, la colonie allait subir la répression : à la suite d’une série d’articles particulièrement violents, le journal fut poursuivi pour outrage envers l’armée. Fortuné sera incarcéré pendant deux ans. Pendant son absence la colonie périclita, et en mars 1909 les matériaux et le mobilier de la Colonie furent vendus aux enchères.

L’Essai, à la fois expérimentation d’une société libre, et œuvre de propagande voulant démontrer la validité des théories anarchistes, a finalement échoué, malgré son retentissement, qui allait au delà du milieu libertaire, dans les premières de son existence. Cet échec est dû principalement à la répression judiciaire dont a été victime la colonie car il est montré dans cette BD qu’à partir du moment où les colons ont pris part aux luttes ouvrières locales, le projet de colonie libertaire a retrouvé du sens. Car on touche là les limites de ce genre de projet consistant à recréer un monde nouveau dans l’ancien. La société s’en accommode très bien dans la mesure où ces militants, concentrés sur leur projet, délaissent ou abandonnent finalement la lutte sociale collective.

La BD en elle-même est plutôt réussie, bien documentée, évitant les poncifs habituels liés à l’anarchisme. Les problématiques des milieux libres sont abordées sans angélisme ni a priori négatif notamment sur le paradoxe de vouloir être un exemple pour la société future, tout en voulant vivre complètement en marge de la société actuelle. Si on ne parvient pas à résoudre ce paradoxe, finalement on risque de ne faire ni l’un ni l’autre…

*Pour en savoir plus sur les milieux libres, on peut lire « Les milieux libres, vivre en anarchiste à la Belle Époque » de Céline Beaudet, les Éditions Libertaires, 2006.

L’essai, Nicolas Debon, Dargaud, Long Courrier, 2016, 82p.

L’insurrection de Cronstadt et la destinée de la révolution Russe

Posted in Conseils ouvriers, Histoire sociale, Révolution russe with tags , , , , , on 6 mai 2015 by Ascona

ciliga Anté Ciliga est né en 1898 à Chegotichi en Yougoslavie et mort le 21 octobre 1992 à Zagreb. Il est l’un des fondateurs du Parti communiste yougoslave. A 24 ans il devient le secrétaire du PC Croate. Ensuite membre du bureau politique du comité central du Parti communiste yougoslave, il se verra confier par le Komintern la direction de la lutte révolutionnaire en Europe centrale. Expulsé de Yougoslavie en 1925 il se rend à Moscou où il ne tardera pas à rejoindre l’opposition à Staline. Considéré comme trotskyste, il est arrêté en 1930. Il connaîtra la prison et la Sibérie avant d’être expulsé en 1936 sur ordre de Vichinsky. Il écrira alors son livre Dix ans au pays du mensonge déconcertant, publié en 1938, qui raconte son expérience en Russie.

Le texte dont il est question ici est un peu moins connu. Contemporain du mensonge déconcertant, il a été publié une première fois dans la revue La révolution prolétarienne le 10 septembre 1938. Il a ensuite été édité en brochure par Le Prolétaire à Lyon en 1946, puis réédité par Allia en 1983 et à nouveau en 2015.

Le point de départ de ce petit texte est un échange de lettres entre Léon Trotsky et Wendelin Thomas (un des leaders du soulèvement des marins allemands de 1918 qui marqua le début de la révolution allemande et membre d’une commission d’enquête américaine sur les procès de Moscou de 1938). Anté Ciliga constate que Trotsky, dans sa réponse à Wendelin Thomas, continue de creuser le fossé qui le sépare des travailleurs, notamment en continuant à diffamer les marins révoltés de Cronstadt avec des accusations « qui puent la morgue démocratique à cent pas ».

Anté Ciliga procède ensuite à une analyse politique de ce que fut l’insurrection de Cronstadt et son écrasement, comme suite logique de la suppression des Soviets, de la migration du pouvoir des masses vers le Parti, et dans le Parti, des membres vers les cadres, dans les années 1920-1921.

En introduction, l’auteur dresse un parallèle entre la répression bureaucratique des masses de la révolution russe en 1921 et celle des chefs de cette révolution en 1938. Il se demande, à juste titre, si il aurait été aussi facile de supprimer ces derniers si ils n’avaient pas réprimé auparavant les marins de Cronstadt et les ouvriers révolutionnaires de la Russie entière ?

L’insurrection de Cronstadt et la destinée de la révolution Russe, Anté Ciliga, Allia, 2015, 39p.

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